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<poem>
<title>A quatre prisonniers</title>
<author>Victor Hugo</author>
<stanza>
<l>Mes fils, soyez content; l'honneur est où vous êtes,</l>
<l>Et vous, mes deux amis, la gloire, ô fiers poëtes,</l>
<l>Couronne votre nom par l'affront désigné;</l>
<l>Offrez aux juges vils, groupe abject et stupide,</l>
<l>Toi, ta douceur intrépide,</l>
<l>Toi, ton sourire indigné.</l>
<l>Dans cette salle où Dieu voit la laideur des âmes,</l>
<l>Devant ces froids jurés, choisis pour être infâmes,</l>
<l>Ces douze hommes, muets, de leur honte chargés,</l>
<l>O justice, j'ai cru, justice auguste et sombre,</l>
<l>Voir autour de toi dans l'ombre</l>
<l>Douze sépulcres rangés.</l>
</stanza>
<stanza>
<l>Ils vous ont condamné, que l'avenir les juge!</l>
<l>Toi, pour avoir crié : la France est le refuge</l>
<l>Des vaincus, des proscrits! - Je t'approuve, mon fils!</l>
<l>Toi, pour avoir, devant la hache qui s'obstine,</l>
<l>Insulté la guillotine,</l>
<l>Et vengé le crucifix!</l>
</stanza>
<stanza>
<l>Les temps sont dures; c'est bien. Le martyre console.</l>
<l>J'admire, ô vérité, plus que toute auréole,</l>
<l>Plus que le nimbe ardent des saints en oraison</l>
<l>Plus que les trônes d'or devant qui tout s'efface,</l>
<l>L'ombre que font sur ta face</l>
<l>Les barreaux d'une prison!</l>
</stanza>
<stanza>
<l>Quoi que le méchant fasse en sa bassesse noire,</l>
<l>L'outrage injuste et vil là-haut se change en gloire.</l>
<l>Quand Jésus commençait sa longue passion,</l>
<l>Le crachat qu'un bourreau lança sur son front blême</l>
<l>Fit au ciel à l'instant même</l>
<l>Une constellation!</l>
</stanza>
</poem>